3 avril – 20 juin 2026 : Thierry Toth

Du 3 avril au 20 juin 2026 au Bief 

Vernissage le 3 Avril à 18h30
23 rue des Chazeaux, 63600 Ambert

Une rencontre
J’ai rencontré Thierry Toth alors que je prenais mes fonctions au sein du Bief en 2015 ou 2016.
Son style était franc, son dessin simple et efficace et j’ai tout de suite accroché. Le personnage était souriant, engagé et aimait l’image imprimé, c’était autant de qualités qui m’ont amené à apprécier son travail.

Sublimer le quotidien
Originaire de Lyon, Thierry Toth a construit son parcours artistique à travers une succession de rencontres, de formations et de prises de conscience qui ont façonné une pratique à la fois exigeante et généreuse.
Son histoire commence loin des ateliers d’art même si, à 16 ans, il s’inscrit à l’école de dessin de son quartier pour préparer le concours d’entrée en BTS d’architecture d’intérieur. C’est le début d’une aventure qui le mène de l’école Bellecourt à Lyon au BTS Architecture d’intérieur à Cournon d’Auvergne puis aux Beaux-Arts d’Angoulême.
Ces années d’apprentissage, marquées par la rigueur technique et la découverte des arts appliqués, lui offrent des outils qu’il ne cessera ensuite de détourner, de questionner, pour en extraire une expression toujours plus personnelle et accessible.

Une révélation politique
C’est à Clermont-Ferrand, après ses études, que Thierry découvre la sérigraphie dans une pièce installée au Raymond Bar (célèbre squat clermontois) où il se familiarise avec cette technique qui va bouleverser sa pratique.
Jusqu’alors, il peignait et vendait ses toiles, mais le public qui pouvait se les offrir était souvent loin de son cercle proche. La sérigraphie, avec ses tirages multiples et ses coûts maîtrisés, lui ouvre la possibilité de toucher un public plus large, de partager son travail avec ses amis, avec ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter une peinture.
Il s’équipe peu à peu chez lui, achète des cadres et un karscher, et se forme en autodidacte.
Après deux ans de pratique intensive, il commence à imprimer pour d’autres artistes, tout en affinant sa propre démarche.
La sérigraphie devient pour lui bien plus qu’une technique : c’est un choix politique. Elle lui permet de démocratiser l’accès à l’art, de créer des images fortes et colorées qui parlent à tous. Plus tard, il découvrira la xylographie (gravure sur bois) et s’y consacrera avec la même passion.
Il économise longtemps pour s’offrir une presse, puis explore les possibilités de la taille d’épargne, testant des outils de plus en plus variés, passant du fin au brut, du délicat aux éclats.
Depuis 2023, il revient à la sérigraphie, mais cette fois de manière totalement libre, s’affranchissant des règles académiques et des codes qu’il avait pu intégrer.
Il apprécie désormais cette technique pour sa capacité à produire de grands formats et à libérer le geste.

Entre naïveté et engagement
Les inspirations de Thierry Toth sont aussi variées que son parcours. Adolescent, il est marqué par les Simpson, Akira et le Club Dorothée, un mélange de pop culture et d’imaginaire qui nourrit encore aujourd’hui son regard.
Mais c’est l’imagerie médiévale qui le fascine particulièrement, pour son côté symbolique et son langage visuel simplifié, à l’opposé de ce qu’on lui a enseigné à l’école.
Il s’intéresse aussi à l’art brut et à l’art naïf, des courants qui valorisent l’expression directe, sans filtre, et qui parlent à l’émotion autant qu’à l’intellect.
Thierry Toth aime aller vite. Quand une idée lui traverse l’esprit, il la saisit, la travaille, la concrétise sans traîner. Cette rapidité n’est pas synonyme de facilité : elle est le fruit d’un dessin épuré, d’un travail constant pour aller à l’essentiel pour que chaque image soit simple mais précise dans son message.

Une ode au quotidien
Dans cette série, son univers est coloré et surprenant. Il ne cherche pas à anoblir les objets qu’il représente mais à les faire exister autrement, à nous les faire regarder vraiment, et pas seulement les voir.

Pour son exposition au Bief, Thierry Toth présente sa dernière série qui est née d’un constat : après le confinement, le retour au monde d’avant a été brutal et violent et lui-même s’est accroché à ce qui l’entourait pour ne pas sombrer avec le navire.
Il dédie ses recherches picturales à ces présences discrètes qui peuplent nos intérieurs. Il en tire des images vibrantes, pleines de couleurs, qui transforment l’ordinaire en extraordinaire. Les grands formats, rendus possibles par la sérigraphie, amplifient cette sensation d’immersion, comme si le spectateur était invité à regarder un monde où chaque détail comptait.

Dans cette série, on retrouve aussi sa passion pour les chats qu’il met en scène avec humour et tendresse, leur faisant faire presque n’importe quoi. Deux images présentées ici font écho à une exposition présentée à Chamalières à l’automne 2025 qui s’intitulait Le poids de l’encre, le choc du fluo et dans laquelle j’invitais des artistes à citer des graveurs célèbres. Thierry Toth a choisi Franz Masereel pour sans-titre au chat et Odilon Redon pour sans-titre à l’œuf.
Thierry Toth en a extrait l’essence pour proposer sa vision, à la fois drôle et naïve, mais jamais simpliste. C’est toute la force de son travail : une apparente simplicité qui cache une réflexion profonde sur la manière dont on regarde l’image.

Transmettre, partager, démocratiser
Thierry Toth donne régulièrement des cours de sérigraphie et de dessin pour tous type de publics. Ces ateliers sont pour lui une façon de prolonger sa démarche : rendre l’art et l’estampe en particulier, accessibles, montrer que la création est à la portée de tous et toutes (:)), qu’elle peut être un outil de liberté et de joie.
Son engagement se retrouve aussi dans ses choix de diffusion : il vend ses estampes à petit prix, expose dans des lieux alternatifs et participe à des projets collectifs. Chaque image est une invitation à voir le monde autrement, à s’émerveiller ou à se révolter face à ce qui nous entoure, à trouver du sens (et parfois de la beauté) dans le quotidien.

Ce travail parle de nous, de nos vies, de nos objets, de nos confinements et de nos libérations. Parce qu’il nous rappelle que l’art n’est pas réservé à une élite comme on peut le percevoir dans certains lieux d’expositions mais qu’il peut être un langage universel, un moyen de se retrouver, de se reconnaître et de sourire ensemble.
Thierry Toth cherche à désapprendre le dessin pour sublimer le quotidien, et c’est peut-être là sa plus belle réussite : nous faire aimer ce que nous croyons trop banal pour être remarquable.

Je vous souhaite une excellente visite colorée.

Ben Quêne
Commissaire d’exposition
Directeur du pôle Arts Graphiques du Bief