Exposition Lynch

Manufacture d'images // Centre Culturel le Bief - 23 rue des Chazeaux 63600 Ambert

Exposition initialement visible du 23 septembre au 6 novembre 2020

PROLONGATION jusqu’au 12 février

En partenariat avec le FRAC AUVERGNE nous vous présentons des lithographies et quelques dessins originaux du célèbre DAVID LYNCH.

  • Lundi 19 octobre – Projection du film MULHOLLAND DRIVE par le Ciné-club d’Ambert – au cinéma la Façade à 20h30
  • Mardi 20 octobre – Conférence de Roland Kermarec sur MULHOLLAND DRIVE – au cinéma la Façade à 19h

Célèbre pour ses films désormais considérés comme de grands classiques de l’histoire du cinéma, David Lynch (né en 1946) se destinait pourtant à une carrière de peintre. C’est à la fin des années 1960, pendant ses études à l’Académie des Beaux-Arts de Philadelphie, qu’il crée ses premiers films d’animation avant de réaliser Eraserhead (1977) puis Elephant Man (1980). Il ne cessera néanmoins jamais de peindre et de dessiner, élaborant au fil des décennies une œuvre totale et singulière dont les contours auront défini un univers unique. En 2007, lors d’une importante exposition à la Fondation Cartier à Paris, David Lynch découvre l’atelier de gravure Idem. Il décide de venir y travailler chaque année pour créer des lithographies, fasciné par la portée métaphorique de la technique elle-même.

Les pierres lithographiques sur lesquelles sont créées les œuvres portent en effet l’histoire des œuvres qu’elles ont précédemment reçues d’autres artistes avant d’être sablées et effacées. David Lynch est sensible à cette dimension mémorielle des pierres, à l’histoire portée symboliquement par leur surface. Chaque pierre lithographique peut ainsi être considérée comme une scène de théâtre qui, sur une durée de plusieurs décennies, accueillerait les comédiens de pièces successives avant leur disparition par effacement (et il faut se souvenir que le titre de son premier long métrage, Eraserhaed, signifie littéralement « gomme à effacer »…).

L’autre particularité de la gravure, qui en fait aussi l’intérêt et toute la difficulté, réside dans l’obligation de travailler à l’envers, en miroir. David Lynch a trouvé là une étonnante correspondance avec son univers. Sur la surface des pierres se déploie un monde inversé, comme le sont les mondes de ses films, de la « black lodge » de Twin Peaks et ses rideaux rouges jusqu’aux jeux de miroirs de Lost Highway, en passant par les scènes de théâtre où la logique et le sens se retournent – dans Eraserhead, Rabbits, Mulholland Drive, Inland Empire

Une des lithographies exposées, intitulée I See Myself, représente un espace théâtralisé, encadré de deux rideaux ouverts sur une scène. Sur cette scène, un corps blanc est allongé duquel émane un second corps en négatif, flottant dans l’air comme un corps astral. Les deux corps sont liés l’un à l’autre par une

matière hybride, à la fois feu et électricité. Cette estampe synthétise les grands thèmes qui parcourent l’œuvre de David Lynch. Dualité, complémentarité, scission des corps et des âmes, énergie, intériorité, se fondent en une création jouant d’un effet miroir redoublé par l’exécution en miroir du dessin sur la pierre lithographique. Les univers de David Lynch sont fragmentaires, la réalité y est atomisée et pourtant, les mondes étranges et parallèles dans lesquels évoluent les protagonistes de ses films se rejoignent souvent par des points de connexion ou des lieux de passages inattendus. Il en va de même pour certaines estampes réalisées sur la même pierre, dont les représentations se trouvent ainsi reliées secrètement. C’est le cas de Laughing Woman, House Of Electricity et I Fix my Head : les trois œuvres ont été créées sur la même pierre, reconnaissable au trou central situé dans la partie supérieure, véritable lieu de passage symbolique auquel David Lynch accorde un rôle graphique à part entière. Le trou est entouré d’un « pansement » d’encre sur I Fix My Head (« Je répare ma tête ») et il redouble la béance de la bouche grande ouverte de Laughing Woman. Cette béance est à la fois un rire et un cri, un son étranglé, une manifestation de terreur ultime. La représentation évoque la scène de Twin Peaks dans laquelle Sarah Palmer reçoit l’annonce de la mort de sa fille Laura dans un interminable hurlement. David Lynch dit avoir toujours été impressionné par la manière dont les cris ont pu être peints, du Massacre des innocents de Nicolas Poussin à ceux de Francis Bacon, en passant par le célèbre Cri d’Edvard Munch.

Enfin, plusieurs estampes de cette exposition se distinguent par la présence de rideaux, évocations des scènes et des rideaux de théâtre que David Lynch affectionne dans ses films (Eraserhead, Blue Velvet, Lost Highway, Twin Peaks, Mulholland Drive). Ces rideaux symbolisent la séparation des mondes, le passage de la réalité vers le rêve, dont la définition donnée par Paul Valéry résonne admirablement avec le monde lynchien : « Le rêve est une hypothèse, puisque nous ne le connaissons jamais que par le souvenir, mais ce souvenir est nécessairement une fabrication. »

Jean-Charles Vergne Directeur du FRAC Auvergne

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Ouverture au public
Mardi, Mercredi, Vendredi 15h-18h
Jeudi 10h-12h & 15h-18h

OUVERTURES EXCEPTIONNELLES

Samedi 12 décembre – 10h à 12h et 15h-18h

Samedi 19 décembre – 10h à 12h et 15h à 18h

Dimanche 20 décembre de 15h à 18h